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"La minoterie d'or..."

EXPOSITION DU 05 au 26 octobre 2007
Frédérique LECERF, Orpailleuse.


VERNISSAGE vendredi 05 octobre à 18h30, au 7 rue Percée à Yvetot

A cette occasion, est édité un cahier pédagogique,
également disponible en PDF sur le site

" La minoterie d’or " est le fruit d’une invitation faite à l’artiste Frédérique LECERF. Cette exposition est constituée d’une installation prenant en compte la globalité de l’environnement de la Galerie Duchamp d’Yvetot, de son architecture industrielle à son actuelle fonction de centre d’art. Une confrontation du décor et de son envers, du dedans et du dehors, une réflexion sur le contenant et le contenu. En entrant dans cet espace vous entrez dans une image nourrie de contes et de légendes mais également d’histoires vraies, celles que fabriquent par leur travail quotidien les femmes et les hommes de toute les époques. Du grain à moudre, du blé au moulin, triés sur le volet… Autant d’expressions qui fondent notre rapport à l’élaboration d’un élément fondamental et universel de notre alimentation, la farine… Telle une alchimiste de la mémoire Frédérique LECERF s’est emparée de cet ingrédient qui vient de subir un choc économique presque comparable à celui du pétrole. La transmutation du blé en or est-elle en cours ?

David Barbage
Directeur de la Galerie Duchamp


1) Un artiste est souvent associé à un médium particulier, en ce qui vous concerne on emploie les termes de multimédias et de « multi médiums », quel sens recouvrent ces mots pour vous ?

Une hybridation… les artistes aujourd’hui ne sont plus attachés à un seul médium, selon la justesse du lieu, du propos travailler, de la manière d’intervenir. L’intervention va se présenter comme une évidence. Elle pourra être picturale, sculpturale, vidéale, sonore, photographique, textuelle, lumineuse, performative, installationniste, culinaire et aussi participative… Heureusement les artistes se permettent tous ces possibles.
Dans le champ de l'art contemporain, l'hybridation me semble aller de soi… En ce qui me concerne, peu intéressée par la production d'objets traditionnels (peinture, sculpture), je travaille toujours en fonction des situations d'exposition, dans le but de faire de chaque présentation de mon travail d’artiste un événement qui implique, autant que faire se peut, la
participation du public. Cherchant à enrichir (voire à "orichir") l'impact de mes projets, j'utilise indifféremment la vidéo, l'écriture, la mosaïque ou la cuisine. Il s'agit toujours de modifier la perception des spectateurs et de leur donner l'occasion de s'approprier mentalement un processus qui les concerne. Tous les moyens sont bons pour y parvenir. Il n'y a donc aucun dogmatisme ni aucune méthode prédéfinie dans ma manière de faire.

2) A l’origine de votre démarche artistique y a t’il eu une prédilection pour un matériaux ou une technique ?

Oui j’ai tout de même un médium de prédilection, c’est : l’or. Car l’or peut exister par sa matière ou par sa symbolique, sa présence peut prendre différentes formes et son utilisation peut être réelle ou abstraite. Car l’or existe matériellement et symboliquement. Sa présence réelle peut prendre différentes formes et son utilisation peut être concrète ou abstraite. L’or est à la fois une matière précieuse et une allégorie : Coté en bourse, l'or est aussi allégorie du simulacre – allégorie de l’absence – allégorie de la richesse… L’or reflète la présence de l’absence et met en scène ce qui ne se voit pas dans l’œuvre d’art. L’or est le vide qui fait "le suspend" dans l’œuvre, le souffle, le vide dans l’aspiration de la vie et la confrontation à l’absent. Il procède, dans l’art contemporain comme dans l’icône, au passage transcendantal de l’absent/présent matérialisé par son éclat. Éclat de vie dans l’inexistence de ce qui est vu. La vision de l’or dans l’art contemporain véhicule cette immanence d’invisible de l’ailleurs. L’or fait également appel à l’affect : Ces affects, ressentis lors de la rencontre de l’or, pourraient être reconnus et répartis en deux catégories : les affects concrets et les affects abstraits. L’or se reconnaît comme matière issue de la nature et s’adresse au sentiment, ainsi l'or a une matière concrète "qui affecte". L'or suscite le sentiment du beau et se trouve lié dans l’inconscient collectif à l’idée de beauté. L’or matérialise métaphoriquement ou visuellement le sensible du beau. Que c’est beau ! Que c’est beau ! On dirait que tout l’or du pauvre monde est venu se porter sur ces murs.

3) L’enthousiasme d’une rencontre avec un lieu et son histoire est-il constitutif de votre travail ?

Je soulève dans mon travail : la collaboration et l'échange, habiter des lieux, des espaces ; des propositions et l'improvisation sont l'aboutissement à des fictions générées par des rencontres, l'envie de partager à chaque fois un nouvel "ensemble". « La minoterie d’or » devient cet espace d’un nouvel ensemble et d’une nouvelle fiction en lien avec son passé et la présence de l’or incarne la mémoire du passé, il porte en lui cette trace des mythes, des civilisations anciennes. Témoin mnémonique, l’or transporte, dans toutes ses apparitions contemporaines, l’éclat de l’histoire. Il n’est aucune civilisation que l’or n’ait pas enrichie de sa présence. Toute histoire des mythes et des religions cite l’or. Il déplace, à son seul regard, toutes les civilisations humaines et mythologiques. Il est ce voile de la connaissance de toute l’immatérialité, de tout l’indescriptible. L’or est le gardien de la mémoire… c’est ainsi qu’a pris naissance « La minoterie d’or ».

4) Le déplacement, la quête, la recherche et le hasard, sont-ils des phénomènes moteurs pour vous ?

C’est ma quête du graal, je me nourris d’histoires, de rencontres et du hasard mais c’est de l’intuition. Il s'agit toujours d'embellir la vie en proposant une expérience. Ce n'est pas seulement une utopie. C'est une utopie ET une réalité. Une fiction qui devient réalité, au même titre que la réalité devient fiction.

5) Un artiste doit-il être un inventeur, comme l’est un chercheur de trésor ?

L’artiste est un chercheur – un inventeur. Il passe toute sa vie au sein de son œuvre à chercher – à inventer des mondes, des espaces, d’autres connections, d’autres liens. Ces liens sont dans ma recherche « des fils d’or », des passages de connexions d’un monde à l’autre : l’artiste est un alchimiste. Les illustrations des ouvrages alchimiques représentent souvent des épisodes au cours desquels un homme ou un dieu ressuscite. Cette matière purifiée renaît dans l’acte même de la mort, dans la sublimation et la re-formation de l’esprit. Elle signifie l’acte de mort qui tue la vie ancienne et matérielle pour mettre en œuvre la vie nouvelle et spirituelle. L’or (ou pierre philosophale) symbolise la transmutation du matériel en spirituel. L’alchimie est la science de l’imaginaire, pas uniquement pour réaliser l’utopie de la transformation de métaux vils en or, mais par la force indescriptible de l’or à libérer l’esprit. L’or alchimique libère son processus de transformation créatrice qui se projette symboliquement dans l’œuvre. La contemplation de l’or est le moment qui se propose d’opérer une transformation de chaque chose matérielle en matière spirituelle dans une transformation intérieure de l’esprit et de réaliser «l’Opus», le «Grand-Œuvre», la créativité spirituelle de l’esprit. L’Opus est le processus spirituel pour accéder à la lumière de la beauté et libérer l’art de sa matérialisation.


6) Votre travail à Yvetot, s’articule autour d’un « Urbis », quesa quo ?

Une « forma URBIS » est une cartographie, un guide, un plan. Elle répertorie des lieux, des liens, des connexions d’un lieu à un autre. Une topographie. Dans le cas de ma proposition, « URBIS MIRABALIA YVETOT » (Les merveilles de la ville d’Yvetot), elle sert pour moi à mieux comprendre l’espace, le territoire et le paysage, en somme la fonction principale d’une FORMA URBIS. Réinventer des lieux merveilleux, des mythes : la belle meunière d’Yvetot aux cheveux d’or, le royaume d’Yvetot, le hameau du vieux moulin où l’on battait les pièces d’or, le manoir du Fay où l’on venait perdre le fil d’or de la sagesse, la halles aux blés d’or non loin du château d’Yvetot royauté jusqu’au règne d’Henri II, la « Minoterie d’or » où la verrière et toutes les fenêtres étaient d’or et de formes byzantines, comme à Constantinople et Venise…

7) On vous qualifie d’orpailleuse, que cache cette appellation qui vous caractérise ?

Chercheuse d’or ! Puisque j’en trouve à chaque fois !
Par le procédé « d’ORicchissement » : « Valeur ajoutée » La notion d'Orichissement est initiée dès 1998 ; il s'agit d'un supplément d'âme, par l'application d'or aux choses, que j’enrichi, ou plutôt que "j’ORichis"… Une valeur est ajoutée, disposée, sous diverses formes : par l’application de feuilles d’or et / ou de mosaïques d’or 24 carats ou au sein de mes vidéos, dans des lieux déterminés, mais aussi sous l'aspect de rencontre, de collaboration avec d'autres artistes.


8) Même si « Tout ce qui brille n’est pas d’or », comment percevez-vous l’intimité de l’art et de l’or ?

L’or, qui implique une réalité de la cupidité, véhicule pourtant la pureté ; la cupidité et la pureté sont également induites dans l’art, qui ne deviendrait de l’art pur que s’il était créé pour lui-même (l’art pour l’art). L’analyse se poursuit pour l’or, l’or ne pourrait être pur que s’il n’induisait pas cette notion de cupidité. Ainsi se fait le rapprochement de l’or à l’art, au sens où l’un engendre l’autre et inversement. Faire de l’or serait faire de l’art et faire de l’art serait faire de l’or !

L’or met en valeur l’être fondamental des contraires, précieux/vil, vie/mort, naturel/façonné, équilibre/déséquilibre.

Quand on dit "tout ce qui brille n'est pas d'or", c'est vrai et ce n'est pas vrai. Au XVIIe siècle, une législation sévère (les lois somptuaires) réservait l'or à la famille royale. Mais les courtisans passaient leur temps à transgresser l'interdiction. Au théâtre, au cinéma, dans la mode, tout ce qui brille est or. L'efficacité ne dépend pas de l'essence de l'or, mais de son apparence. La vérité de l'or, son authenticité n'en constituent pas moins un argument sensible. Dans certaines de mes performances, je fais manger de l'or au public. Le fait de savoir que c'est de l'or véritable constitue un argument hygiénique (parce que l'or pur est parfaitement comestible), mais aussi un argument psychologique. Il y a quelque chose d'impressionnant dans le fait de manger l'or avec lequel, habituellement, on achète la nourriture. Cela fait comme un court-circuit. L'or, qui est sans odeur et sans saveur, n'est pas sans valeur. C'est même l'instrument de mesure de toute valeur. On peut définir l'or comme le point de rencontre entre matière et concept…

Propos Recueillis par David Barbage septembre 2007


 
 
 
 
 

 

Coordonnées
Galerie Duchamp
7, rue Percée
76190 Yvetot
France
tél : 02 35 96 36 90
fax : 02 32 70 44 71
(préciser à l’intention de la Galerie Duchamp)

 

Contact
Direction :

David Barbage

Service pédagogique :
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Fabienne Durant-Mortreuil
Ingrid Hochschorner

Chargée de l’accueil des classes :
Fabienne Durant-Mortreuil

Chargée des “iconoclasses” :
Pascale Rompteau