| |
Chaque image s'agrandit en un clic
«
très tôt sur l’oreiller / tréteaux
sur l’oreiller »
Nicolas
TOURTE, plasticien & vidéaste.
EXPOSITION
DU 09/11/ au 19/12/2007
VERNISSAGE
vendredi 09 novembre à 18h30, au 7 rue Percée
à Yvetot
A
cette occasion, est édité un cahier pédagogique,
également disponible en PDF sur le site
Nicolas
TOURTE, bricole l’image avec ingéniosité,
usant de l’astuce et du système D. L’illusion
est souvent totale, dans son univers se mêlent bout
de ficelle et bout de film, moteur d’essuie-glace
et cellule photo électrique. Dans l’aire du
numérique il oscille entre le zéro et le un.
Dans cet entre-deux, cet interstice, il jubile de ses trouvailles
inventives. C’est un plaisir d’enfance qu’il
donne à voir, des émotions d’explorateur
de l’infiniment grand à l’infiniment
petit, tel VOLTAIRE qui dans « Micromégas »
s’interroge sur la place de l’homme dans tout
cela. Ce jeune artiste nous invite à l’exploration
de l’image et de son anagramme la magie, il l’expérimente,
la questionne en apprenti tâtonnant, il nous invite
à la démystifier, car il n’est pas seulement
fasciné par cette technologie omniprésente.
Il faut situer le travail de Nicolas Tourte entre les "
Temps modernes " de Charlie CHAPLIN et " L’homme
à la caméra " de Stziga VERTOV, il agrandit,
il rapetisse, il rythme, il difracte, il découpe
et recolle ce qui reste encore et toujours une image,
DB
Vous
êtes né et avez vécu à Charleville-Mézières
dans les Ardennes (08) comme Arthur Rimbaud, quelles relations
entretenez-vous avec "l'homme aux semelles de vents»
et la poésie en générale ?
J'ai le souvenir, lorsque j'étais enfant d'avoir
un jour illustré le « A » de «
Voyelles » ; c'était un moment clé où
la vision du monde que je possédais a quelque peu
chaviré : le biotope répugnant de l'insecte,
décrit brièvement dans la strophe de ce poème
avait gagné une existence digne... Dans une approche
plus directe, ce sont des écrits comme ceux de Charles
BUKOWSKY qui ont influencé mes premières expériences
vidéos où un « langage pictural »
apparemment dénué de toute sensibilité
venait choquer les esprits. Par le biais ludique de la poésie,
j'esquisse mes bases de recherche, à commencer par
les intitulés de mes travaux, où je torture
assemblages de mots incongrus et ponctuation, puisant dans
les racines des uns et des autres, images, significations,
contraires et sens.
Quelles
sont les autres sources et repères artistiques, littéraires,
philosophiques… de votre univers ?
David LYNCH et David CRONENBERG ont accru ma curiosité
envers le milieu organique qui m'animait depuis longtemps.
J'ai toujours été attiré par le côté
« carton-pâte » et « bricolage »
des films d'animation. Aux Beaux-Arts, la découverte
de vidéastes comme Pierrick SORIN et Michel GONDRY
fut fondamentale. Dans un caractère plus exacerbé,
les vidéos de Bill Viola et les déroulements
scéniques de celles Mattew BARNEY ont joué
un rôle important dans la façon d'entreprendre
mes travaux. Tout en m'abreuvant de science-fiction (Philip
K.DICK, Isaac ASIMOV ) des ouvrages comme « le serpent
cosmique » de Jérémi NARBY ont stimulé
mon intérêt pour les spéculations ésotériques.
Plus récemment, j'ai été interpellé
par le travail vidéo 3D de Magnus WALLIN, qui place
le « sujet » humain dans des circonstances redoutablement
cyniques.
Un
artiste peut aussi se définir par sa formation, qu’en
est-il pour vous ?
Les sciences de la terre m'ont toujours fasciné.
Particulièrement passionné par les minéraux
et leur formation, je me suis également initié
quelques années à l'entomologie, puis investi
dans le dessin et les médiums classiques, j'ai laissé
ces préoccupations de côté. J'ai suivi
des cours d'art appliqué dont le cursus était
doté d'infographie (qui à l’époque
ne m'intéressait pas). Persistant dans la voie des
arts j'ai opté pour le cursus DNSEP Diplôme
National Supérieur d’Expression Plastique des
Beaux-Arts de Valenciennes (59), où la lassitude
des pratiques conventionnelles s'est substituée par
la pratique aliénante et autodidacte de l'ordinateur
et de ses appendices.
Vous
qualifiez parfois votre démarche artistique de «
microcosmique », quid ?
Le monde du petit m'attire, la plupart de mes oeuvres sont
conçues à base de photographies et de vidéos,
celles-ci ont été arrachées à
des milieux bien spécifiques : les zones dont je
parle sont des réductions du monde, une partie de
mon travail consiste à rendre autonome ces paysages
orphelins en créant un nouveau microcosme.
Les
outils que vous offrent la technologie et le multimédia
peuvent-ils être comparés, pour vous, artiste
du 21e siècle, à l’invention du tube
de peinture pour un artiste du 19e ?
Bien sûr cela a décuplé les possibilités
de chacun et cela a également changé le processus
de la création et de la diffusion des oeuvres. L'exemple
du site oeuvre de l'artiste Reynald DROUHIN (http://desfrags.cicv.fr)
en illustre bien les effets : artiste ou non, les visiteurs
de cet espace Web peuvent créer des oeuvres d'art
en toute ubiquité, sans l'intervention de l'artiste
créateur de l'interface.
La nouveauté du tube de peinture était qu'il
y avait désormais la possibilité de se déplacer
hors de l'atelier pour s'approprier un élément.
Ce qu'il y a d'amusant c'est qu'il y a depuis quelques années
la possibilité de rester dans son atelier et de s'approprier
via Internet le reste du monde.
Objets
inanimés avez-vous donc une âme?
Concernant la scénographie d'un film court, j’avais
en tête un projet d’ordre architectural dont
le but serait de concevoir entièrement un bâtiment
à même la roche: le sculpter, le découper,
tout en important un minimum de matériaux. Je trouvais
quelques lieux susceptibles d’accueillir mes premières
ébauches; mais aucune des formes dessinées
jusque là ne semblaient assimilable à une
telle idée. Je mis donc ce travail de côté...
J’étais en train de ranger mon bureau car il
y avait un “bordel monstre” : je venais juste
de finir un trou ou une découpe, je ne sais plus
très bien... Ce dont je me souviens, c’est
qu’un à un, je replaçais les objets
dérangés. Je n’y voyais plus clair.
Dehors il faisait beau, sans plus. C’est lorsque je
casai ma rallonge électrique que le bâtiment
se révéla. Le boîtier en plastique de
l’enrouleur recevait alors une lumière froide
et intense lui allouant provisoirement un statut inespéré.
J’arrachai un instantané de ce fructueux changement
d’échelle.
Propos recueillis par David Barbage, octobre 2007.
|
|