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"Un
peu à l'ouest."
Pierre
Mabille, peintre.
EXPOSITION
janvier, février, mars 2007
VERNISSAGE
vendredi 11 janvier 18h30, au 7 rue Percée à
Yvetot
A
cette occasion, est édité un cahier pédagogique,
également disponible en PDF sur le site
À
plus d’un titre, Pierre Mabille est un voyageur sidéral,
avec lui, on mesure souvent la distance qui sépare
la feuille de la lune. À l’écoute des
astres et des êtres, il raisonne par analogie et conclut
d'une ressemblance connue entre deux choses à une
ressemblance encore inconnue. Il nous invite à tirer
des conclusions nouvelles en nous appuyant sur des similitudes
de formes et de couleurs. Chacun devient moissonneur et
l’accompagne en apportant un écho à
son grand œuvre. La forme biconvexe étant devenue
un symbole de reconnaissance et de ralliement pour qui a
découvert l’univers de Pierre Mabille. Il fait
de chaque regardeur un potentiel contributeur à l’anti-dictionnaire
de cette forme originelle qui s’ouvre et se ferme
au gré du désir. Puisée dans la nature
d’un jardin méditerranéen, elle s’horizontalise
pour mieux nous tenir à l’œil. La comprend
qui veut, la comprend qui peut prendre le temps d’effectuer
une petite révolution de sa perception, et d’accepter
une invitation à un voyage émotif sur le motif,
à vous de voir.
1)
Dans votre actualité bien chargée, à
la suite du Kerava Art Museum en Finlande, de La librairie
Saint-Hubert de Bruxelles, du Musée Matisse à
Le Cateau-Cambrésis, et de la Galerie Jean Fournier
à Paris... comment envisagez-vous la spécificité
de cette étape à La Galerie Duchamp d'Yvetot?
Bonne
idée de commencer cette conversation par une liste.
La première exposition à Kerava, dans la banlieue
d’Helsinki, est une expo collective franco-finlandaise,
intitulée « Conversations : peinture.fr//malaus.fi
», conçue et programmée par Cécile
Marie, qui propose un dialogue entre différents artistes
finlandais et français. Pour ma part j’ai remarqué
que la forme que j’ai choisi d’utiliser, parce
qu’elle s’impose dans sa répétition,
est devenue elle-même un excellent sujet de conversation.
Comme beaucoup d’autres sujets de conversation, on
peut en parler sur un mode un peu détaché
sans faire beaucoup d’efforts, comme on parlerait
par exemple du temps qu’il fait, de la vie qui va,
des nouvelles du voisinage, ou de Nicolas Sarkozy, par exemple.
À
la librairie Saint-Hubert j’ai présenté
les prototypes « l’air suspendu » : des
assemblages de feuilles imprimées punaisées
sur le mur, qui font apparaître en négatif
des fantômes de forme. Ils sont peut-être intéressants
dans l’espace de la galerie Duchamp, je vais essayer.
C’est un projet de multiples très légers,
en tirage numérique, que j’ai conçu
en collaboration avec Franck Bordas.
Au
Musée Matisse il y a un grand polyptyque et une installation
in situ nommée « l’air est une couleur
» qu’on pourrait résumer comme un grand
vitrail éphémère : les 11 baies vitrées
de la façade sont couvertes partiellement ou totalement
par des films adhésifs transparents de couleurs.
Trois grandes formes se dessinent en réserve sur
des fonds colorés et produisent divers climats selon
l’ensoleillement, des reflets et des impacts variés
dans l’espace du musée. La nuit, c’est
encore autre chose : on voit les formes de l’extérieur,
brillantes.
Enfin,
à la galerie Jean Fournier, en plus de la peinture
murale et le collage sur la vitrine, je présente
un ensemble de tableaux récents. Dans certaines peintures,
l’assemblage et la répétition de mes
formes produisent de nouvelles formes complexes, découpées,
comme déchiquetées, entamées. À
l’inverse, d’autres peintures sont plus fluides
et jouent sur un mouvement ondulatoire avec des jeux chromatiques
plutôt vifs.
Dans
chacun de ces lieux, je me suis efforcé de présenter,
en plus des propositions plastiques, l’autre versant
de mon travail, c’est-à-dire la liste des mots,
de différentes manières. Cette liste est à
la fois : un travail toujours en cours, une façon
d’ouvrir et de déployer les possibilités
d’interprétation de cette forme, un excellent
sujet de conversation, et souvent pour le spectateur, elle
est une entrée dans le travail. A partir d’elle
je peux de mon côté développer des pratiques
différentes, des films, du son, de l’écriture,
et inventer des collaborations avec des graphistes comme
Hervé Aracil, des artistes multimédias comme
Anne de Sterk, des artistes de l’écrit comme
Laurent Chamalin ou Jean-Michel Espitallier. C’est
un bon moyen d’éviter la tendance à
l’enfermement qui guette pas mal de peintres. C’est
dans le même esprit que j’envisage ma participation
à la collection « Petit format » avec
une douzaine de textes brefs commandés à autant
d’écrivains à propos de la couleur.
Pour
la galerie Duchamp je prévois un travail in situ
car le lieu est très particulier dans ses rapports
de dimensions, dans le segmentation des espaces rythmés
par les poutrelles saillantes du mur et les piliers, les
jeux de symétrie et de dissymétrie, les trouées,
les accidents : tout cela permet des expériences
visuelles inédites, une circulation du regard très
ludique. Évidemment je ne peux pas précisément
définir ce que je vais faire puisque je suis plutôt
peintre. Ce qui est sur c’est qu’il y aura cette
forme de fuseau, d’œil, de feuille, de nuage
etc., c’est déjà ça; l’idée
est de créer des modifications de l’espace
et des jeux optiques en utilisant les possibilités
de déstabilisation de la couleur, de créer
du continu, des interruptions, poser des questions de perceptions.
Travailler aussi avec les formes à l’échelle
du lieu, principalement en réalisant des peintures
murales, mais aussi importer des tableaux parfois.
2)
Pourriez-vous préciser ce que vous entendez par "Je
ne peux pas précisément définir ce
que je vais faire puisque je suis plutôt peintre."?
Chaque
peintre envisage le travail comme il l’entend, mais
je veux dire par là qu’il y a une façon
particulière de considérer un tableau, pas
seulement comme la réalisation formelle d’un
projet, mais aussi comme un espace dans lequel s’additionnent
et fusionnent différents évènements
parfois contradictoires, différentes phases de construction
: bref considérer le tableau comme une sorte de chantier,
à la fois un chantier et son résultat. C’est
ce que je veux dire en répondant « je suis
plutôt peintre »: d’autres artistes pourraient
avoir une approche d’emblée plus scénographique,
ou architecturale, ou tournée vers l’intégration
d’images, avoir des méthodes de travail et
des modes de réalisation adaptés permettant
de définir le projet plus précisément.
En fait pour une exposition, je travaille dans l’espace
de manière assez pragmatique et les projets de départs
se trouvent souvent déviés quand on passe
à la phase concrète, et c’est dans l’ordre
des choses, ou bien dans le désordre des choses.
En tout cas c’est comparable à ce qui se passe
lors de l’élaboration d’un tableau, la
plupart du temps.
3)
La ville d’Yvetot accueille depuis 1974, une sculpture
de Nicolas Schöffer (1912-1992), qui fut un acteur
important de l’art cinétique et du spatiodynamisme,
qui selon sa définition, est " l'intégration
constructive et dynamique de l'espace dans l'œuvre
plastique. " Avez-vous une filiation avec ce type de
démarche ?
J’ai
vu cette sculpture bien à sa place dans l’architecture
du Lycée Raymond Queneau d’Yvetot, et je connais
un peu le travail de Nicolas Schöffer, avec lequel
je ne vois aucune parenté: l’époque,
la dimension utopique, l’aspect technologique, tout
cela me semble très éloigné et ce serait
un peu long de développer pourquoi. Je pense juste
que les artistes cinétiques ont injecté une
belle énergie et des idées nouvelles dans
une époque qui pouvait les accueillir, avant les
chocs pétroliers et les crises qui ont mis fin à
cette période. Ils ont contribué à
étendre les territoires de l’architecture et
du design, et ils ont été les plus forts pour
l’expérimentation tous azimuts, un peu comme
les hippies avec les drogues :performances, happening, installations,
art public, art et sciences, urbanisme etc. Quelques artistes
contemporains sont peut-être dans une utilisation
ou une relecture de ces travaux, mais ce n’est pas
mon cas. D’autant plus que ce qui m’intéresse
chez Victor Vasarely, par exemple, c’est la période
juste avant l’Op’art!.
Propos
recueillis par David Barbage, décembre 2007.
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