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Françoise Maisongrande
EXPOSITION DU 06/05 au 06/06/2008

VERNISSAGE mardi 6 Mai à 18h30, au 7 rue Percée à Yvetot et à 16h30 à l'Hôpital Asselin-Hedelin,
14 avenue Foch à Yvetot

Françoise Maisongrande vient de Toulouse, son travail se nourrit d’observation d’écoute et de collecte. Elle photographie, filme et dessine la mémoire du quotidien, faisant de chacun(e) une source abondante de sens et de signes. Dans le cadre de cette résidence à l’hôpital Asselin-Hedelin, il fut décidé de porter attention aux gestes individuels et collectifs. Ceux qui soignent, consolent, accompagnent mais également ceux qui portent, tiennent et soutiennent. Le geste s’attrape souvent au vol, mais c’est d’abord au mot que l’artiste préfère les prendre. Voici trois ans qu’à Yvetot se tissent des liens privilégiés entre art et hôpital. Voici trois ans qu’avec la complicité d’artistes plasticien(ne)s d’horizons divers nous favorisons la rencontre de ces deux univers. La ville d’Yvetot est accompagnée dans cette démarche par la Direction Régionale des Affaires Culturelles et l’Agence Régionale d’Hospitalisation de Haute Normandie.

 

 
 


1) Comment peut-on être artiste avec tout ce que cela comporte d’exposition personnelle et de mise en avant, et demander “ Faites comme si je n’étais pas là ” qui est le titre de votre exposition ?

Il y a des moments pour tout. Certes, l’artiste se met en avant, donne à voir et à partager. Mais avant cette étape, en ce qui me concerne, je dois capter, enregistrer, saisir dans ce qui est là, à un moment donné. Dans le contexte précis de ma résidence à l’hôpital d’Yvetot, le plus simple était de dire à tout le monde “ faites comme si je n’étais pas là ”, pour pouvoir percevoir et “ attraper ” en quelque sorte, au plus juste quelques instants de ce qui fait le quotidien des acteurs de ce lieu.

2) Vous semblez attentive “ aux petites choses de la vie ”, en quoi celles-ci nourrissent-elles votre travail ?

“ Les petites choses de la vie ”, c’est elles qui font que ça tourne rond ou pas. Ce sont des choses auxquelles on ne fait plus attention, qui sont souvent répétitives. Mais ce n’est pas pour autant qu’elles n’ont pas d’importance. C’est cet aspect là que j’aime mettre en avant dans mon travail, pour faire redécouvrir, ou faire regarder autrement, faire s’interroger.

3) Vous avez choisi de travailler sur le geste, est-ce une nouveauté dans votre démarche ?

Non, pas vraiment. Le geste est présent dans mon travail depuis assez longtemps. Il est expérimenté à chaque fois d’une façon nouvelle.
Parfois, je mets en place des processus permettant d’activer des gestes, ce peut être de façon assez ludique comme avec “ jeux de nuits blanches ” (1997-98) ou “ deux manches et la belle ” (1999), ou j’invitais les gens à jouer.
Ou encore, avec “ les tableaux d’humeurs ” (depuis 1999) ou j’invite les visiteurs à manipuler, déplacer et faire des choix dans une série de dessins à propos des humeurs, permettant de mettre à jour l’humeur du moment.
D’autres fois, je propose d’habiller ou déshabiller des corps mannequins dans “ les panoplies du désir ”. Etc.…
Tous ces gestes ne sont pas neutres, même s’ils paraissent simples et habituels.
Lors d’un projet précédent, j’ai invité les gens à broder leurs désirs. La broderie est un moyen pour moi de se poser, de créer un ralentissement par rapport au rythme quotidien, un espace de rencontre, de discussion et de partage. Temps pendant lequel chacun peut exprimer ses désirs.

4) Les gestes que vous avez choisis sont en majorité des gestes de contact ou de rapprochement. Cela symbolise-t-il pour vous la diversité des liens sociaux ?

Cette fois ci effectivement, ces gestes mettent en avant le contact entre les individus.
Je ne mets en place aucun processus pour les générer, ces gestes existent dans ce lieu.
Ce qui m’a frappé, la première fois que je suis venue à l’hôpital, c’est leur importance et leur diversité. Même lorsqu’il n’y a plus la parole, il y a encore le geste, le simple fait de toucher l’autre peut être un langage. Il y a également la dépendance aux gestes de l’autre, lorsqu’on ne peut plus faire tout seul.
Certains gestes entre les individus deviennent peut-être plus visibles qu’ailleurs, plus indispensables ou encore plus fragiles.

5) Au fil de vos venues, vous avez déployé beaucoup d’énergie pour entrer en contact avec l’ensemble de la communauté hospitalière. Etes-vous récompensée de votre investissement ?

La première chose, quand j’arrive quelque part, pour mener mon travail est de comprendre comment fonctionne cet espace, les gens qui l’habitent et ce dont cet espace et ses occupants sont porteurs. Il me faut du temps et de la disponibilité. Le fait de rester à chaque fois une semaine entière, m’a permis de m’immerger complètement dans l’hôpital, de me faire accepter et donc je l’espère d’avoir su saisir et mettre en avant un aspect de ce qui l’anime. Quand certaines personnes me disent redécouvrir leurs gestes au travers de mon projet, je pense que c’est effectivement une belle récompense.

6) Une résidence artistique s’inscrit nécessairement dans le temps, renforcée par le fait qu’elle se déroule dans un hôpital où le temps est comme suspendu. Comment cette notion s’illustre-t-elle dans votre travail ?

Je ne crois pas que le temps soit suspendu dans un hôpital. Il continue à s’écouler, tous ces gestes en sont le témoignage, il a un rythme propre.
La façon dont j’écris les gestes, ou dont ils me sont racontés, montre justement qu’il faut naviguer dans le temps. Et même là, il faut parfois le ralentir, prendre le temps de regarder pour percevoir ce qui fait ce qui est.

7) Vous n’êtes pas enfermée dans un médium exclusif, toute matière semble bonne à utiliser. Revendiquez-vous cette diversité ?

Oui, absolument. Chaque projet, chaque développement de ma recherche engendre des besoins différents, des écritures différentes qui doivent êtres adaptés à ce que je veux mettre en avant. Par exemple, dans le cas précis de ce projet, l’emploi du dessin me permet de décomposer chaque position qui constitue un geste. Je pratique moi-même un geste en dessinant. Et celui qui va regarder devra recomposer mentalement les espaces manquants, ou, peut-être, ira-t-il jusqu’à reproduire ce geste…

8) La littérature et la poésie semblent indissociables de votre travail. Est-ce un prolongement nécessaire de votre démarche ?

Ce n’est pas un prolongement, “ les mots ” m’accompagnent tout au long de mon travail. C’est par eux que les différents morceaux du puzzle se mettent en place dès la conception des projets.
Ils sont très présents dans le projet pour Yvetot. D’une part, j’ai entrepris, avec la complicité des personnes rencontrées à l’hôpital, de raconter des gestes, de mettre des mots sur ces gestes. Et d’autre part, je vais associer à cette réflexion un écrivain, Emmanuel Adely, qui au travers de ses livres aborde entre autre une écriture des gestes, d’une façon qui me touche tout particulièrement.


 
 
 
 
 

 

Coordonnées
Galerie Duchamp
7, rue Percée
76190 Yvetot
France
tél : 02 35 96 36 90
fax : 02 32 70 44 71
(préciser à l’intention de la Galerie Duchamp)

 

Contact
Direction :

David Barbage

Service pédagogique :
Pascale Rompteau
Fabienne Durant-Mortreuil
Ingrid Hochschorner

Chargée de l’accueil des classes :
Fabienne Durant-Mortreuil

Chargée des “iconoclasses” :
Pascale Rompteau