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Philippe GODDERIDGE « Les sources irradiantes»
EXPOSITION du vendredi 28 novembre 2008 au 16 janvier 2009
VERNISSAGE, le vendredi 28 novembre à 18 h 00
au 7 rue Percéeà
Yvetot (76)
Exposition multi site, hall de l’hôtel de ville
et office de tourisme d’Yvetot.
Exposition réalisé en collaboration
avec les élèves du cours de céramique
de
Laure EXPOSITO enseignante à l’école
d’arts plastiques d’Yvetot
Télécharger
le journal des expositions N° 24
www.philippegodderidge.com
Dossier
service éducatif DAAC Rouen
Philippe
GODDERIDGE collectionne le cœur de nos poignées
de mains. Avec un peu de terre, il matérialise cette
compressible distance entre les hommes. Grace à la
chaleur qui la cristallise, la trace de cette rencontre
unique rejoint les coffres de sa fortune personnelle. C’est
à cette richesse de cœur que cet artiste de
la terre trouve probablement l’une de ses «
sources irradiantes ». A cet homme de partage nous
avons proposé une résidence d’automne.
Il est venu à la découverte de nos paysages
et de ceux qui les habitent, pour de « marnière
» en « clos masure » en guise de trait
d’union, choisir « la brique ». Son travail
questionne les frontières et les limites de notre
perception de la beauté. Son attitude expérimentale
nous oblige à penser la matière autrement.
Il questionne la terre et son usage, convaincu qu’elle
est d’abord, belle et bien là pour nous réunir.
David
Barbage
Directeur de la galerie Duchamp
A
une époque où se multiplient réseaux
virtuels et autoroutes de l’information, comment et
pourquoi choisit-on d’emprunter « un chemin
de terre » ?
La question, pour moi, ne s’est en fait jamais posée.
J’ai toujours travaillé la terre. De manière
artisanale d’abord, puis, après une dizaine
d’année d’apprentissage, sur des chemins
plus artistiques. Mais la réalité physique
de ce matériau m’intéresse chaque jour
davantage. Plus encore que la terre c’est la pratique
entière de la céramique qui me pousse à
continuer. Travailler sur des actes fondamentaux (modeler,
pétrir, cuire) et s’inscrire par là
dans la continuité d’une histoire qui dure
depuis 10 000 ans. J’aime cette idée d’être
parmi les autres. L’histoire de la céramique
est intimement liée à l’histoire de
l’humanité. Elle débute au moment où
les peuples nomades se fixent devenant cultivateurs, éleveurs
et potiers. Il y a dans cette pratique quelque chose d’incroyablement
archaïque et pourtant les choix liés au sens
du travail et à sa mise en place restent d’une
totale actualité. Il me semble que quelque soit la
pratique et les matériaux choisis, les questionnements
profonds sur le sens de l’engagement de l’artiste
dans son travail sont toujours contemporains.
Les
nécessités techniques de la terre et de sa
cuisson ne sont-elles pas paradoxales à un désir
de liberté et d’expérimentation ?
L’approche classique de la céramique est effectivement
très technique, mais J’ai toujours tenté
de réduire le plus possibles ces contraintes…
de manière des fois très iconoclaste! Préparant
ma propre terre à dessein, je peux mettre en place
un travail plastique très libre. Et mes cuissons
sont plus proches de l’idée de la forge que
de la précieuse porcelaine. Les matériaux
développés par l’industrie, (comme les
fibres réfractaires) me permettent de bricoler des
fours légers et mobiles et de retrouver ainsi l’esprit
des premiers potiers cuisant leurs pièces dans un
trou de feu. Ce paradoxe se confirme dans l’ensemble
de mon travail : tout n’y est que bricolage et approximation.
Mais l’œuvre n’a d’intérêt
que par le sens qu’elle porte et sa réussite
technique ne peut trouver sa place que dans un parcours
artisanal. Je suis plus curieux des expériences possibles
que des résultats ; que ce soit dans l’émail
ou dans les terres et c’est toujours l’idée
d’une expérimentation constante qui me porte.
J’aime provoquer l’émail par une pose
incertaine sur la pièce à cuire, ce qui, immanquablement,
conduira les matières à réagir pendant
la cuisson et nous emmènera vers des résultats
improbables. Il s’agit bien de regarder différemment
les choses. L’idée du défaut n’existe
plus dans la céramique dont je rêve, au bénéfice
de l’histoire qu’elle raconte. D’autre
part, je ne trouve pas contradictoire le fait de chercher
et d’élargir le champ de ses propres libertés
dans un espace qui serait ici définit par les limites
de la pratique, toute tentative artistique tend vers ça.
Pourtant souvent présente,
la terre semble utilisée à « corps défendant
» dans de nombreuses démarches contemporaines
?
Il y a, en ce moment, un effet de mode qui pousse beaucoup
d’artiste à faire et à faire faire des
pièces en céramique et, clairement, la céramique
a tout a y gagner, sortant ainsi de son carcan corporatif.
Pourtant la plupart des pièces produites sont extrêmement
et des fois uniquement formalistes. Et ça, me laisse
un peu sur ma faim. Je suis plus en quête de sens
que de formes nouvelles. De plus, je suis souvent étonné
par la complexité technique des œuvres présentées
allant des fois à l’encontre du reste du travail
de l’artiste. De toute façon, ce qui m’intéresse
vraiment, c’est l’enracinement, la lenteur.
Il y a dans la céramique l’idée d’un
temps très lent, proche du temps des pierres, quelque
chose située entre l’humanité et la
géologie. Et c’est ce temps là que je
recherche. Je suis de plus en plus attaché à
l’idée de la pratique quotidienne d’un
travail, pour que les gestes s’inscrivent dans une
banalité. J’ai rencontré récemment
un potier coréen qui me disait commencé toutes
ses journées par deux heures de tournage, comme ferait
un musicien. J’essaye pour ma part d’entrer
tous les jours à l’atelier, des fois juste
pour la sensation d’y être, je sens que c’est
dans cette régularité là que les choses
se jouent.
Dans votre pratique, la terre
est donc autant contenu que contenant ?
Au commencement était le pot. Il est donc tout naturellement
question de contenant. Mais, construite autour d’un
vide, la poterie fait toujours réference au corps.
Son utilité: du bol contenant les aliments à
l‘urne qui contiendra nos dépouilles, et son
vocabulaire: le pied, la lèvre, le cul, le col…
il s’agit donc bien d’un propos anthropomorphique
constant. De plus, faire de la céramique c’est
avant tout travailler avec la terre, l’eau et le feu.
Cela signifie, pour moi, que je ne peux faire un pot sans
me poser la question de mon propre rapport à mon
environnement. Travailler la terre, la cuire, sera toujours
une façon de réfléchir et une façon
de découvrir le monde par le menu. La terre est plus
une matière à penser qu‘ à modeler.
La céramique a depuis longtemps construit sa propre
histoire, sa propre mythologie, mettant en place petit à
petit son propre vocabulaire. C’est dans cet espace-là
que je veux travailler; un espace où la forme et
le sens naissent de la pratique. Alors bien sûr il
s’agira de contenu, la sculpture étant la mise
en forme des idées qui la font naître.
Quel est votre conception
de ce que vous appelez « les sources irradiantes »
?
Il y a, je crois, dans mon travail trois axes fondamentaux:
le rapport à la poterie comme une voie figurative
de la céramique, le rapport de la sculpture au corps
et la terre comme outil de relation entre les hommes; il
s’agit des sources qui m‘abreuvent. Elles irradient
constament mon travail de manière plus ou moins consciente.
Il y a dans l’idée de l’irradiation quelque
chose d’irrémediable, d’incontournable
et aussi et de non maîtrisable… Avec aussi l’idée
d’une matière qui s‘aditionne avec le
temps, qui se sédimente. C’est de ces constantes
là dont je veux parler ici. J’ai l’impression
que quoi que je fasse, c’est toujours en relation
directe avec l’une au moins de ces trois sources.
Cette exposition est en partie
le fruit d’une résidence, trouvez-vous ce type
de proposition contraignante ou stimulante?
La céramique est à priori une pratique d’atelier.
À ce titre c’est effectivement dans mon atelier
que j’ai les meilleures conditions de réalisation
de mes pièces. Pourtant, travailler en résidence
permet d’interroger des endroits du travail que je
n‘irais pas forcément voir tout seul. La rencontre
avec un atelier autre et avec les personnes qui le fréquentent
amène forcément à décaler ses
préocupations habituelles vers des chemins imprévus.
C’est fondamentalement ça que j’aime
dans la residence: l’idée d’une mise
en danger de mes propres savoir-faire qui pourraient engourdir
le travail. Tout dans le rapport à l’autre
nous pousse au compromis. C’est le moment de comprendre
ce qui est vraiment important, indispensable pour moi. Le
tout c’est de ne pas tomber dans la compromission,
de ne pas laisser tomber l‘essentiel. Et puis, il
me semble que partager un moment de travail à égalité
peut être un acte important. Dans l’atelier
d’Yvetot nous avons pu ensemble mettre en oeuvre une
réflexion autour du torchi et de la brique. Le travail
sur des perspectives communes dans une réelle convivialité
est vraiment très stimulant. Je cherche toujours
à vivre ces expériences pour mieux retrouver
ensuite la tranquille solitude de l’atelier. Tout
est affaire de basculement.
Propos recueillis par David
Barbage, novembre 2008.
Au DuchampRAMA deux programmes
Materia prima, d’Hervé Jézéquel,
2007, 12 mn 24. http://hervejezequel.free.fr
« Jamais l'appréhension d'un espace n'aura
été aussi forte. Cette île que j'ai
d'abord rêvée, puis vue du ciel s'offrait maintenant
sous mes pieds. […] Ici les roches semblent m'observer.
Mon regard s'en détourne, se repose vers le sol,
affleurant le sable, les flaques, la boue, la mousse à
peine colorée. J'observe l'ossature de la terre qui
m'offre ses vergetures, ses fines ravines qui entaillent
la roche, je plonge mon regard dans les trous et les gouffres
qui ronflent au rythme d'une respiration profonde. Je me
laisse aspirer par les odeurs de souffre et ses nuages de
vapeur qui viennent se mêler à l'inventaire
de ceux du ciel. » Notes au pas de la lettre, Hervé
Jézéquel.
Mecano park, de Coralie Courbet, 2008, 19 mn 42. www.2angles.org
Coralie Courbet propose ici une relecture de la brique s'articulant
autour de deux réflexions basées sur cet objet
minimal et emblématique de l'activité humaine.
La première réflexion place la brique dans
une lecture spatiale, comme module nécessaire et
suffisant à toute construction, comme élément
de base d'objet ou de sculpture. La deuxième réflexion
intègre une vision dynamique et conduit à
une lecture temporelle: rien n'est jamais figé, tout
se transforme sur une échelle du temps qui nous est
plus ou moins accessible...
Autre éclairage sur
le travail de Philippe GODDERIDGE, texte de St Augustin
:
"Dans
un désordre extrême, mon esprit déroulait
des formes hideuses et repoussantes, mais qui étaient
pourtant des formes; et j’appelais informe ce qui
était en état, non pas de manquer de forme,
mais d’en avoir une telle que, si elle apparaissait,
son aspect insolite et bizarre rebutât mes sens et
déconcertât la faiblesse de l’homme.
Ce que je concevais ainsi était informe, non par
privation de toute forme, mais par comparaison avec de plus
belles formes. La droite raison me persuadait de supprimer
tout reste quelconque de toute forme, si je voulais concevoir
l’informe absolu; et je ne le pouvais pas. Car j’arrivais
plus vite à penser qu’une chose n’était
pas, si elle était privée de toute forme,
qu’à concevoir une chose qui fut entre la forme
et le néant, ni forme ni néant, une chose
informe proche du néant. Mon intelligence cessa dès
lors d’interroger mon esprit, qui était rempli
d’image de corps revêtus de formes et, à
sa guise, les changeait et les variait. Je portai mon attention
sur les corps eux-mêmes, et j’observai plus
profondément leur mutabilité, qui les fait
cesser d’être ce qu’ils avaient été,
et commencer d’être ce qu’ils n’étaient
pas. Je soupçonnai que ce passage même de forme
à forme, c’était par quelque chose d’informe
qu’il se faisait, non par un néant absolu.
Mais je désirais savoir, non soupçonner"
Extrait des Confessions de Saint Augustin
(354-430). Livre XII, Le ciel et la terre, chapitre VI.
Trad. E. Tréhorel et G.Bouissou, In Œuvres de
saint Augustin, page 351, Ed Desclée de Brouwer,
1962.
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