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Pascal
PESEZ
EXPOSITION Janvier-Février-Mars 2009
VERNISSAGE Vendredi 30 janvier 2009 à 18 h 30, au
7 rue Percée à Yvetot
Pascal Pesez, sa vie, son oeuvre
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le journal des expostions N° 25
http://www.artzari.fr/fiche-artiste.Pascal-Pesez.html
DuchampRAMA Claude Cattelain
Pascal
Pesez peint corps et âme confondus. Sensitive et allusive,
sa peinture nous invite à prendre le temps de l’identification.
Ses toiles sont comparables à des membranes organiques,
des tympans en résonance du monde. Les couleurs y circulent
par transparences successives, comme un flot reflétant son
environnement vaporeux. Dans leur géométrie variable, les
rectos verso des polyptyques de la série « opening » explicitent
cette volonté de mise en espace. Chaque œuvre engage un
rapport d’échelle immédiat, un positionnement à une distance
respectable. En nous permettant de manipuler la toile, nous
sommes également conviés à nous impliquer plus avant dans
un cheminement personnel d’appropriation. Dans cette impossibilité
de tout comprendre d’un même regard, notre corps entier
se trouve engagé dans une visite intérieure de l’œuvre.
C’est dans ces entrebâillements, ces portes étroites de
la peinture que l’artiste nous permet d’avancer de quelques
pas sur les seuils de la perception.
David
Barbage, Directeur de la galerie Duchamp
Dans
votre parcours artistique, y a-t-il eu d’autres tentations
que celle d’être peintre et si oui, comment ces autres tentations
nourrissent-elles votre peinture ?
Ces
questions me ramènent à mes années de lycée. Je n’étais
pas un mauvais élève, mais j’étudiais sans passion pour
faire plaisir à mes parents. Intérieurement, il me manquait
quelque chose. Déjà adolescent, à la fameuse question :
Que vas-tu faire plus tard ? Je répondais invariablement
que je ne voulais pas travailler, que je voulais devenir
aventurier, parcourir le monde, rencontrer les minorités,
etc… un classique de l’âge rebelle. Cependant cette tentation
de l’aventure, cet ébranlement du désir, ce rapport empirique
aux choses demeurent toujours des ressorts fondamentaux
de ma pratique picturale. Etre tenté et tenter l’aventure,
l’aventure artistique, c’est accepter la permanence du doute,
c’est accepter de se tenir au creux d’une certaine tension,
c’est accepter de décevoir et d’être déçu, de ravir et d’être
ravi, de passer en l’espace d’un geste du contrôle au lâcher
prise, de se perdre sans cesser pour autant d’être en devenir.
Mais j’en reviens à ma période étudiante, à la sortie du
lycée, ce sont surtout quelques rencontres qui m’ont peu
à peu orienté vers l’Ecole des Beaux-arts de Valenciennes
où j’ai passé cinq ans de mon existence. Des rencontres
humaines décisives parce qu’elles m’ont confronté à l’urgence
et à la nécessité pour moi de faire l’expérience des processus
sensibles et exigeants de l’acte de création. Ces cinq années
d’études ont profondément bouleversé mon regard et mon rapport
au monde extérieur. Lorsque j’ai mis le nez dans la peinture,
j’ai très vite compris l’importance que la pratique de ce
medium allait avoir pour moi, j’ai très vite ressenti l’engagement
que cela allait réclamer. Parallèlement à cette découverte
j’avais une certaine attirance pour l’écriture, l’écriture
poétique. Ecrire me permettait d’approcher l’intimité des
espaces et des formes, cela me permettait d’aborder le réel
et sa beauté, sa violence, mais aussi sa cruauté. Et pour
en finir avec la tentation, si on n’en finit un jour, il
y a depuis plus de vingt ans maintenant mon engagement vis
à vis de la création contemporaine avec la fondation et
le développement de « L’H du Siège », un lieu situé à Valenciennes
et voué aux arts plastiques. Rencontrer, accompagner et
soutenir les acteurs de la création contemporaine me permet
de poursuivre avec désir et plaisir ma pratique picturale,
c’est être dans une dynamique de découverte et de remise
en question, c’est quitter ses propres interrogations pour
aller à la rencontre de l’autre, c’est abandonner l’espace
tranquille et solitaire de l’atelier afin de rester en alerte,
aux aguets. Ne jamais s’arrêter mais privilégier plutôt
le suspens pour enclencher l’action entre sa propre pratique,
l’univers de la création artistique et le fonctionnement
des institutions. C’est reconnaître la multiplicité des
points de vue et la vivre au quotidien en pliant et dépliant
le tableau.
Avez-vous
des techniques particulières, voir un « carnet de vocabulaire
» pictural ?
Je
dispose dans mon atelier, d’une table sur laquelle sont
disposés quelques pots de peinture, des pinceaux de différentes
tailles qui trempent dans des jus colorés de white spirit.
C’est sur cette table de 80 par 126 cm que je prépare les
couleurs et que je les mélange. J’ai cinq pots de peinture
: un noir, un blanc, un rouge, un jaune, un bleu, un point
c’est tout, du white spirit, un peu d’huile d’œillette,
des pinceaux et des chiffons parfois. Et tout se passe sur
cette table avant d’aller déposer la peinture à la surface
de la toile. Cette table, c’est un peu comme un plan de
travail en cuisine, ensuite tout est histoire de gestes,
de mouvements et de regards. Il y a aussi le fauteuil pour
prendre le temps de scruter. Mais je ne crois pas que cela
constitue un carnet de vocabulaire pictural. Qui dit vocabulaire,
pense grammaire et constitue presque une linguistique picturale.
Ce n’est pas du tout mon histoire. Ma peinture est portée
par un certain nombre d’enjeux qui ont plus avoir avec l’instinct,
les pulsions, l’intuition, un certain engagement physique
proche de l’animalité, un parcours… une parade sauvage.
C’est l’inverse d’une peinture qui en resterait à l’énoncé
de ses composants plastiques. C’est une peinture qui advient
peu à peu par somme de ruptures et de déséquilibres, d’effacements
et de surgissements, de recouvrements et de dévoilements
pour arriver à un suspens, une chorégraphie de gestes colorés,
un motif presque musical.
Quelle musique accompagne ou prolonge votre travail
et quel est votre rapport au son en général ?
Il est vrai que j’écoute souvent de la musique lorsque je
peins, mais j’écoute toute sorte de musique. Ce qui m’intéresse
en fait, c’est le mixage ou plutôt la façon dont les instruments
et les voix se superposent et se recouvrent pour cohabiter
ensemble en vue de créer un climat sonore. Dans ma peinture
il est aussi question de climats, climats colorés qui se
diffusent avec le déploiement des touches de peinture. Cette
année, avec la réalisation d’un certain nombre de polyptyques,
je me suis attaché à la création d’espaces picturaux qui
par leurs capacités à se déployer, à s’ouvrir, à se plier
et se déplier, et à se distribuer selon plusieurs combinaisons
possibles, m’ont confronté à la question du point de vue
ou plutôt de la multitude des points de vue et des devenirs
possibles du tableau. Cela nous ramène à la polyphonie qui
croise et superpose différentes propositions sonores, différentes
tessitures et matières, cela s’enchevêtre pour s’apparenter
à un chant baroque. C’est écouter Corelli, entendre les
Clash et murmurer Alain Souchon dans un même temps et vice
versa.
On
peut remarquer une multiplicité de formats dans votre travail,
qu’est-ce qui déterminent vos choix dans ce domaine ?
Voilà
une question judicieuse : le format. Pendant des années
j’ai peint sur des toiles dont le rapport hauteur-largeur
était sensiblement le même (250 x 200cm, 200 x 160cm, 162
x 122cm, etc…), un rapport qui était directement lié au
corps humain, à son amplitude gestuelle, à la figure… un
rapport contrôlé. Sur ces toiles se jouait à force de coups
de pinceau une alternative entre présence et absence, l’émergence
d’un entre deux pour un devenir tableau. Peu à peu avec
la réalisation d’une série de diptyques (les délices - 250
x 400cm - 2004/2007), une ouverture dans la largeur s’est
opérée, le format s’est dédoublé et la figure potentielle
a basculé en une multitude de possibles. Le format tendait
vers l’étendue… C’est devenu encore plus vrai avec la réalisation
récente d’une série de polyptyques (opening 1, 2, 3, 4,
5 et 6 - 2007/2008) aux dimensions monumentales. Là encore,
le même rapport hauteur-largeur s’est démultiplié, de la
figure au paysage, du paysage à l’étendue que l’on ne peut
saisir dans sa globalité. Un polyptyque qui se plie et se
déplie matériellement, une foule de possibles et de points
de vue, une multitude en mouvement, un tableau sans cesse
recomposé selon le désir de manipulation de tout un chacun.
Finalement, j’en suis toujours resté au même rapport hauteur-largeur,
il s’agit juste d’une question d’agencements, mais question
fondamentale puisque au travers de ces agencements, il s’agit
de s’affranchir non pas de la figure mais de la tragédie
qui l’accompagne, il s’agit de privilégier la couleur et
son épanchement, le geste et sa jubilation, d’effectuer
et de remplir une puissance joyeuse et sereine pour citer
le philosophe Gilles Deleuze. Une seule exception à ce rapport
hauteur-largeur : le carré. En effet, dans le même temps
que je réalisais ces formats monumentaux (250x800cm dans
leur plus grande ouverture) j’ai tenté d’investir des formats
plus intimes, plus resserrés, mais surtout carrés (80 x
80, 120 x 120, 150 x 150 cm), afin de sortir de ces questions
et de ces rapports figures-paysages. Je me suis approprié
ces carrés en ne tenant pas compte de leurs dimensions mais
en les vivant en tant que surfaces à investir, à parcourir
et à traverser, comme des échos à ces polyptyques imposants
qu’ils côtoyaient, de véritables ruptures d’échelles, Ce
qui m’a très vite interpellé dans ces formats tout comme
dans les polyptyques, ce sont les lieux indéterminés qu’ils
proposaient avec des lectures multiples et généreuses, où
les questions devenaient enfin sans réponse, au profit d’un
silence et d’une étendue possible, une peinture sans abri
.
Propos
recueillis par David Barbage, décembre 2008.
Au
DuchampRAMA : Reflected pixel, de Claude CATTELAIN, 2008,
1mn.
http:\\www.claudecattelain.com
«
J’ai disposé une douzaine de miroirs en ligne indienne sur
le sol, fichés chacun dans une boulette d’argile humide
les maintenant droits. La caméra est dirigée vers le premier
miroir et s’y reflète. Je percute le miroir avec la caméra
filmant son reflet grandissant jusqu’à l’impact où le miroir
s’abat. Ainsi apparaît le miroir suivant dans le quel la
caméra retrouve son reflet grandissant jusqu’au nouvel impact
etc. Cette action en chaîne a été faite plusieurs fois,
de plus en plus vite et de plus en plus violement jusqu’à
la destruction des miroirs. Ce qui donne bout à bout un
film d’une minute diffusé en boucle sur un téléviseur. Le
titre parle évidement des reflets brefs dans les miroirs,
mais aussi de l’incapacité de la caméra numérique à capter
une image complète. Ceci à cause de la grande vitesse du
mouvement, créant ainsi des trouées de pixels dans l’image
qui n’a pas eu le temps d’être entièrement analysée. » CC.
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