« La petite maison »

EXPOSITION DU 07/05 au 24/06/2009
Marie-Hélène FABRA, Peintre et réalisatrice.
VERNISSAGE le jeudi 7 mai à 18h30, au 7, rue Percée
et à 16h30 à l'Hôpital Asselin-Hedelin, au 14 avenue Foch à Yvetot.

http://www.marie-helene-fabra.fr

Entretien M.- H Fabra

Plan d'exposition

Il y a l’art… et la manière ! Surtout celle de le rencontrer. Pour certains, c’est à l’hôpital que cela ce pratique. Voici plusieurs années qu’un partenariat entre la ville d’Yvetot et l’Agence Régionale d’Hospitalisation, avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Haute-Normandie, permet de favoriser cette rencontre. En 2009, la Galerie Duchamp, située dans l’ancienne minoterie de la rue Percée, et l’Hôpital Asselin-Hedelin d’Yvetot accueillent en résidence la plasticienne Marie-Hélène Fabra. Peintre et réalisatrice, elle pérégrine de Paris à Berlin en passant par bien d’autres points de rencontres : des musées, des galeries d’art…, mais également des foyers d’accueils, des maisons d’arrêt, des centres sociaux, des hôpitaux… L’artiste est conviée en ces lieux de vie et d’aiguillage. Elle écoute souvent plus qu’elle ne parle ; elle capte, filtre et retranscrit. Chaque oeuvre de Marie-Hélène Fabra est une valeur ajoutée à notre univers. Même si les matériaux qu’elle utilise sont multiples, la peinture et ses histoires en forment le socle, le dessin en constitue l’armature. A raison d’une semaine par mois depuis janvier s’entretiennent une relation, une présence en des lieux hospitaliers. Le temps d’une résidence artistique se conjugue avec celui de l’artiste ; ainsi de jour et de nuit, celui-ci habite un territoire qu’il nous restitue. C’est un échange de bons procédés.

David Barbage
Directeur de la galerie Duchamp

La formation d’un artiste est souvent le fruit d’un parcours, comment s’est constitué le votre ?

Marie-Hélène Fabra : Ma formation proprement dite a plutôt été classique : j’ai passé 5 années très heureuses aux Beaux-arts de Paris, tout en suivant l’École du Louvre. J’allais tous les jours dans un musée : le Louvre, le musée de l’Homme, le musée Guimet, le musée des Monuments Français, Beaubourg… J’avais rendez-vous avec ces objets  infiniment disponibles comme avec des amis calmes et beaux. Pourtant je ne me vivais pas comme artiste : je trouvais cela prétentieux et insignifiant. Je préférais dire : je fais de la peinture. Je me suis réconciliée avec ce mot quand j’ai travaillé en prison et en HP. Au bout d’une vingtaine de « v’là l’artiste », j’ai compris l’ironie mais aussi l’attente qui se cachent derrière ce « titre ». Je suis la « hors-sein », la «hors-cadre », la « candide ». Cela me plaît. Parallèlement à mes études, j’ai créé avec des camarades de lycée, une troupe de théâtre et pendant plusieurs années, nous avons monté des spectacles de rues. Nous refusions toute idée de hiérarchie, de spécialisation : tout le monde faisait tout. Nous avons perdu beaucoup de temps et d’énergie à nous disputer mais nous nous sommes beaucoup appris et nous avons produit pas mal de choses. Chaque été, nous partions en tournée et nous dressions nos tréteaux sur des places de villages ou dans des villes de province. Nous partagions l’idée que le théâtre était proche du bonheur, surtout depuis la mort tragique d’un des nôtres.

Le contexte de travail influence-t-il vos productions ?

MHF : Quand j’ai passé, à 18 ans, le concours d’entrée au Beaux-arts de Paris, le jury m’a demandé ce que je voulais faire. J’ai dit : « de l’art mural, parce que je veux travailler dans la Cité, je ne veux pas me cantonner à un art pour musées. ». Le jury a souri et m’a invité à revenir avec plus de dessins et un peu plus mûrs. Presque trente ans plus tard, je n’ai pas beaucoup changé d’idées. J’aime la confrontation avec le monde ; plonger l’art dans la vie, c’est mon côté peintre sur motif, ou peintre avec motif. J’aime la création en atelier et j’ai besoin de ces temps de repli, d’isolement pour travailler mais j’ai besoin de me nourrir de sujets « sur le vif » qui m’obligent à chercher une expression, une manière de rendre visible. Cela étant, je ne pratique pas beaucoup l’art mural au sens propre ; j’avais alors pour modèle le mouvement de la Figuration Critique, Henri Cueco, artiste politiquement engagé, militant, préoccupé par la condition sociale des hommes, fut mon professeur aux Beaux-arts de Paris, ayant beaucoup travaillé avec les commandes publiques. Pour ma part, je suis d’abord allée à la rencontre de structures ou de lieux où je pourrai découvrir l’humain et si je produis une œuvre dans ce contexte, elle correspondra au dialogue qui s’est installé dans ces rencontres, quitte à changer de support et de technique. Je me moque de savoir si la technique que j’utilise est plus ou moins moderne, pérenne, ou que sais-je, ce qui m’importe c’est de trouver le moyen le plus adéquat, le plus expressif. En revanche, là où je reste peintre, dans le sens le plus classique, c’est que je pense toujours mes projets en images et en couleur. Même s’il s’agit d’un film ou d’une installation. Même si la narration tient aussi un grand rôle.

Quel rapport entretenez-vous au déplacement, quel est son importance dans votre démarche ?

MHF : Les déplacements sont des moments étranges où nous sommes « entre » : ni tout à fait là ni tout à fait ici. J’ai cherché à prendre conscience de ce qui se passait dans ces moments-là, sans doute pour dominer un léger malaise : suis-je en train de perdre mon temps ? Que faire ? Est-ce que j’aime ce temps libre ? Qui suis-je, là?  C’est pourquoi, je dessine, écris ou je prends des photos dès que j’entre dans un train de banlieue ou que je pars en voyage ; j’ai d’innombrables carnets, notes, qui sont comme des exercices méditatifs. Parfois, il m’arrive de retenir ces moments pour en faire quelque chose de plus abouti, quand je sens que mes esquisses n’épuisent pas le sujet ; que tel voyage ou tel transport quotidien met en jeu une part de moi-même. Oui, les déplacements tiennent une place prépondérante dans mon travail, parce que je crois ces moments privilégiés pour exercer le regard et l’ouverture au monde. Or je ne souhaite n’avoir qu’un engagement comme artiste : celui de bien voir le monde qui m’entoure et d’en renvoyer une image juste, quoique totalement subjective.

L’artiste est-il le même dans tous les contextes ?

MHF : Je suis toujours déstabilisée par les rencontres que je fais au cours de mes voyages ou de mes résidences, mais c’est parce qu’il m’est très difficile de percevoir mon unité que je passe mon temps à en éprouver les limites. Changer de contexte, c’est exactement se mettre dans la disposition d’être autrement et en même temps, dans la nécessité à être soi-même. Pour répondre plus exactement à votre question, je crois que l’artiste reste le même : la forme qu’il choisit peut quant à elle changer. Ma génération, je parle cette fois de ma « famille » artistique, s’est construite face à des peintres qui ont poussé à l’extrême le signe-signature : le pinceau de Toroni, la bande de Buren, l’éponge de Viallat. Je sais ne pas être la seule à concevoir différemment la question du style et de l’identité, pour tout dire à prendre l’exact contre-pied de cet art de la contrainte et du concept. En revanche, nous sommes moins nombreux à nous interroger sur la question de l’art social, qui tient une part importante dans ma démarche. Peut-être à cause de mon attachement de jeunesse au théâtre, j’y vois une possibilité d’ouverture et de réinvention.

Le carcan social : émancipation, condition humaine le destin, la liberté ?

MHF : Qui dit art social, ne dit pas forcément art à engagement politique. J’ai pour ma part un manque flagrant de conscience collective. Je vois des êtres, des situations avant de voir des positions à tenir. De l’extrême particulier, je passe volontiers à l’universel, sans avoir su trouver le zoom intermédiaire. Ce n’est pas que la politique m’indiffère ou me déplaise. C’est tout simplement un de mes points aveugles, une de mes limites. L’exil a joué un grand rôle dans ma famille : mon père, est le fils d’un émigré espagnol qui a fui la misère au début du XXème siècle et ma mère est roumaine, d’une famille décimée par le communisme. Bien que mes parents soient très intégrés à la société française, j’ai grandi avec ces notions de déracinement, de perte, de décalage. C’est peut-être la raison pour laquelle, je m’attache au particulier, aux méandres des destins, plutôt qu’aux directions majeures. En revanche, je suis passionnée par les relations que l’art entretient avec le monde de l’ombre : je soupçonne même des relations intimes entre les forces créatrices et les forces destructrices. Je manie avec précaution ces thèmes romantiques que Nietzche, Kleist ou Klee développent avec génie. Je les manie d’autant plus attentivement que mes interventions en prison et en hôpital psychiatrique m’amènent à rencontrer de vrais personnages tragiques et meurtriers. Pourtant, ces expériences mêmes ont conforté ma pensée. Le travail que j’ai réalisé sur la tragédie grecque avec des malades mentaux m’a permis d’appréhender les liens qui se tissent entre l’individu, le tissu social, la raison et les forces irréductibles de la nature. Je dois beaucoup à la clairvoyance de Sophocle et à la sincérité des hommes qui ont participé à ces ateliers. Ils m’ont aidé à m’accepter et à libérer mon geste plasticien. J’associe l’acte de créer une œuvre à quelque chose de familier au rêve et au monde de l’inconscient. D’où mes questions sur les images et sur les mythes. Ce qui m’intéresse c’est comment ce langage là se structure : contrairement à la raison qui grosso-modo a pour modèle la ligne, l’imaginaire procède sur le modèle de la pelote. Voilà donc comment je travaille ; j’accumule, je tourne, j’associe, je recouvre, pour finalement obtenir un dessin, un tableau, un film, qui petit à petit prend sens.

Propos recueillis par David Barbage.


 
 
 
 
 

 

Coordonnées
Galerie Duchamp
7, rue Percée
76190 Yvetot
France
tél : 02 35 96 36 90
fax : 02 32 70 44 71
(préciser à l’attention de la Galerie Duchamp)

 

Contact
Direction :

David Barbage

Service pédagogique :
Pascale Rompteau
Fabienne Durant-Mortreuil
Ingrid Hochschorner

Chargée de l’accueil des classes :
Fabienne Durant-Mortreuil

Chargée des “iconoclasses” :
Pascale Rompteau