| Le journal des expositions N°10 - Janvier-Février 2006 | ||||||||||||||||||
Isabelle
Lévénez |
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1) Votre travail articule les technologies dites nouvelles, vidéo projecteur, camera écran, et des matériaux plus traditionnels, tels que peinture à tableau, craie, encre, papier… vous qualifieriez-vous d’artiste « multimédia » au sens large ? Oui, je me considère comme une artiste multi « médiums », c'est à dire que je passe d'une production de dessin rehaussé à l’aquarelle, à une réalisation d'installation vidéo ou de photographie numérique. 2) Le lieu même où se déroulent vos expositions en détermine-t-il parfois la nature? Avant une exposition personnelle il est très important que je me confronte spatialement à l’espace du lieu dans lequel je vais m’installer. A partir de là je crée une pièce adapter à l’environnement, l’espace de l’exposition devient ainsi l’espace de l’œuvre. Par exemple dans l'installation "mes promesses", conçue spécialement pour la chapelle de Lambabu à Plouhinec en 2003, était tout entière centrée autour du lieu d'exposition. Il s'agissait d'un questionnement du territoire dans toutes ses ramifications contextuelles. 3) L’image projetée est parfois en correspondance avec la surface qui la réceptionne, est-ce un lien que vous recherchez, provoquez ? La majorité de mes projections vidéos réalisées sur les murs des lieux d’expositions sont présentées en plein jour sur les murs grâce aux performances techniques des vidéo projecteurs ; Mes images apparaissent alors comme des tableaux animés. Lorsque je projette sur des supports en volume, l’image épouse alors le relief comme une seconde peau offrant un effet de présence ; Exemple, table, chaise, mur en pierre… L’image et son support ne font qu’un, l’objet prête son volume à l’image. 4) Le médium vidéo se substitue-il à une autre technique artistique ? Non, car dans mon travail artistique, dessins et vidéos sont logés à la même enseigne. Par contre, la peinture a occupé une place importante dés le début de mon travail, mais après avoir découvert l’art vidéo lors d’une exposition au Centre Pompidou intitulé « passages de l’image » en 1990, je me suis dirigée vers ce médium. Cela me permettait de travailler simultanément le mouvement, l’espace, le temps et le son, que la peinture ne m’offrait pas. 5) Comment faites-vous intervenir la couleur dans votre travail ? Le rouge est la couleur qui prédomine dans mon travail artistique, tant dans les dessins que dans l’écriture à la craie sur les murs des lieux d’expositions ou dans l’ambiance colorée de mes vidéos ou photographies. 8) Vous convoquez souvent dans votre travail l’univers de l’enfance, de l’enseignement, et de la punition. Depuis quand utilisez-vous ce vocabulaire symbolique ? Depuis 1996 mon travail s’articule autour du souvenir, du regard que l’on porte sur l’univers de l’enfance à travers nos propres souvenirs. Par ces dessins ou installations vidéos, il s’agit de rendre compte de la complexité des états humains de l’enfance entre la naïveté, la douceur, la séduction et la cruauté. Ces rapports humains à mi-chemin entre fascination et destruction, sont représentés avec une expression étrangement intense de solitude qui fait apparaître ces personnes comme isolé. Le regard que je porte sur ce monde du souvenir de l’enfance est un regard extrêmement rêveur. 9) Certaines de vos pièces ont suscité des réactions très vives de la part du public ou des commanditaires, dans quelle mesure ces moments de crise ont fait avancer votre travail ? Au début je me sentais blessée par les agressions verbales ou les traces écrites que l’on m’adressait, puis très vite j’ai mis de la distance pour pas que cela influence mon travail. Tout de même, je reste consciente que mon univers plastique touche sensiblement certaine personne mais si je revendique une certaine violence dans mon travail tant par les thèmes abordés que par la description d'un certain mal être, cette violence n'est jamais pour moi l'expression d'une quelconque fascination. Elle n'est que le reflet du monde dans lequel nous vivons. 10) Quelles sont vos sources philosophiques et littéraires ? En résumé,
Gilles Deleuze, George Steiner, Walter Benjamin, Jean Luc Nancy, Marie
José Mondzain, Maurice Blanchot, Georges Bataille… Et
puis et puis… Houllebecq… 11) Vos œuvres sont-elles le fruit d’une maturation nécessairement lente ou leur émergence peut-elle se produire sous le coup d’une émotion, d’une actualité ? Avant je filmais les autres
et donc il fallait qu’une relation de confiance s’établisse
entre nous pour qu’il puisse surgir une vidéo. Depuis
2002, je me filme et donc il est désormais plus facile pour
moi d’exprimer ce que je ressens face au monde dans lequel nous
vivons. En fait quand je filmais les autres, je parlais de moi. Maintenant
que je me filme moi-même, je parle des autres. 12) Une intensité dramatique réside dans votre travail, une tension qui nous met en quête d’un mobile et en recherche de preuves ou de traces confirmant nos soupçons, comme si le spectateur devait nécessairement s’impliquer ou être impliqué ? Je répondrais par
une simple énumération des titres de mes installations
vidéos et sonores depuis 1993, plus particulièrement
: « le souffle », « Peau contre peau » en
1996, « Le même et l'autre », « Trace de vie
» en 1997, « Secrets de famille » en 1999 et «
Mes neufs ans veulent te parler » en 2001, « et comme
ça tu m'aimes encore? » en 2002, « mes promesses
» en 2003, « désir » en 2004, « ce
que tu as à faire, fais le vite » 2005. 14) Vous avez suivi un cursus de formation long et varié, celui-ci a-t-il constitué une nourriture indispensable à votre démarche ? Après les beaux-arts, j’ai fait un master à l’institut des Hautes études en 1994, puis une valeur C multimédia aux Arts et Métiers. Après des études en philosophie à Nanterre j’ai fait un DU d’art thérapie et de psychopédagogie à Paris 5. J’avais en effet une soif d’apprendre et cela m’a permise de faire des rencontres humaines incroyables. 15) Vous enseignez dans une école supérieure d’art, cette pratique pédagogique a-t-elle influencé votre pratique personnelle ? J’ai cette chance,
d’être enseignante depuis 5 ans à l’école
supérieure des beaux-arts d’Angers, cela se concrétise
par un accompagnement à la création, d’un suivi
individuel dans les ateliers des étudiants. J’approche
avec eux leur projet qui se forme, prend forme et trouve leur forme
finale. Une citation : Il n’y a que les enfants les saintes et les fous qui soient intéressants Propos
recueilli par David BARBAGE le vendredi 18 novembre 2005 |
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